03.02.18 – “Chanter l’icône”, Paris,  Auditorium du Petit Palais

« Chanter l’icône » est un projet musical, littéraire et visuel né d’une rencontre.

Assistant à un concert de l’ensemble Musicatreize dirigé par Roland Hayrabedian où une œuvre de Michel Petrossian était donnée, la conservatrice du fond byzantin au Petit Palais Raphaëlle Ziadé a eu l’idée de mettre en vis à vis cette musique vocale d’aujourd’hui et le joyau de la collection des icônes du musée, « En Toi se réjouit toute la création» du crétois Fraghias Kavertsas  (XVIIème s.).

Cette icône unique est à son tour une interprétation picturale d’une hymne byzantine ancienne dont le texte est attribué à Jean Damascène (VII-VIIIème s.). Toujours utilisée dans la liturgie orthodoxe de Saint Basile, cette hymne a reçu plusieurs réalisations musicales dont la plus ancienne qui nous soit parvenue appartient à la plume du compositeur byzantin Xénos Koronis (XIVème s.)

L’inauguration d’une nouvelle salle du Petit Palais dédiée aux christianismes orientaux en novembre 2017, rendue possible grâce au mécénat exceptionnel de la Fondation Sisley-d’Ornano, a permis au musée de commander à Michel Petrossian, à l’instigation de Raphaëlle Ziadé et grâce au soutien de la Fondation Meyer, une œuvre nouvelle qui se présente comme une réanimation musicale de l’icône de Kavertsas.

Comment créer un lien à travers les siècles, les lieux géographiques contrastés, les disciplines artistiques différentes ? Près de mille ans séparent en effet le texte de l’image, Damas, Jérusalem, Constantinople, Crête et Venise sont incorporées dans ce petit carré de 58cm x 54cm , et la parole aussi bien que la musique et l’image entrent en danse dans ce projet autour d’un chef d’œuvre totalement inconnu jusqu’aux années 1980…

La démarche d’un retour aux sources qui ont servi à l’inspiration initiale de l’iconographe crétois a conduit le compositeur à rechercher l’hymne de Koronis auprès d’Alexandre Lingas, professeur à l’Université de Londres et spécialiste de la musique byzantine. Les échanges autour d’icône avec Raphaëlle Ziadé ont permis une relecture détaillée de l’œuvre qui a donné naissance à six séquences musicales, aux textes les plus variées en cinq langues qui entretiennent ce dialogue élargi, dont voici l’ordre initial :

Hymne byzantine

La première aube

Argile idéale

Battle my heart

Anges au travail

Hymne slave

Portée par Roland Hayrabedian et les chanteurs de l’ensemble Musicatreize, l’œuvre musicale est d’abord donnée par séquences entrecoupées par les commentaires de Raphaëlle Ziadé, et un travail de réagencement de l’icône, sa mise en mouvement et ses découpages divers entrepris par le vidéaste Samuel Bester sont projetés pendant ces interventions. L’œuvre est ensuite donnée sans interruption, avec les séquences enchaînées, mais dans l’ordre inverse de ce que l’on entend au début. La mise en espace de Toni Casalonga permet de souder entre eux tous ces éléments pour en assurer la fluidité et la cohérence. Hormis l’hymne byzantine, le compositeur utilise également une version slave de la même hymne, ainsi qu’un chant éthiopien noté lors de sa visite du monastère ethiopien Yemrehana Qrestos.

Trouvant dans la recherche scientifique des sources d’inspiration créatrice « Chanter l’icône » magnifie un héritage ancien qui, relu et fécondé par un regard d’aujourd’hui, donne sens et vie à une œuvre nouvelle qui s’inscrit en même temps dans une longue tradition codifiée.

Musique : Michel Petrossian

Présentation de l’icône : Raphaëlle Ziadé

Vidéo : Samuel Bester/Cumulus

Mise en espace : Toni Casalonga

Musicatreize (douze voix a cappella)

Direction : Roland Hayrabedian

Coproduction du Musée du Petit-Palais, Musicatreize et Centre National de Création Musicale Voce à Pigna (Corse). Avec le soutien de la Fondation Meyer

The Glorification of the Virgin (In you all of creation is united), by Franghias Kavertzas, ca 1640, Icon. Private Collection