In the Wake of Ea

Oeuvre lauréate du Concours International Reine Elisabeth

Grâce au déchiffrement de deux tablettes babyloniennes par l’orientaliste belge Marcelle Duchesne-Guillemin, nous connaissons la disposition des cordes de la lyre babylonienne : cinq devant, et quatre derrière. Ces cordes correspondent par ailleurs aux notes de l’échelle musicale principale. La quatrième corde, qui est aussi la note la plus importante de la série babylonienne, est décrite de manière très particulière. Alors que toutes les autres sont désignées par des chiffres, celle-ci comporte une précision : ‘faite par le dieu Ea’. Divinité des eaux souterraines et créateur des arts, Ea est donc situé au coeur du système musical babylonien, comme un garant d’une certaine permanence.

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Une lyre qui se défait sous la pression du temps, et une corde au milieu qui veut maintenir la permanence, de par son lien à Ea, tel est l’emblème de la musique babylonienne elle-même, immatérielle et ineffable, mais véhiculée par des instruments périssables et des voix qui se sont tues depuis longtemps. Cette tension est inspiratrice de l’oeuvre.

Le piano, image de la quatrième corde, vit des histoires de renaissances multiples, au rythme d’un mouvement aquatique. Tel un prophète élégant qui se meut au travers de courants fluviaux, il lutte par deux moyens (une note répétée et une phrase musicale tantôt verticalisée tantôt étalée) et en deux directions contraires à l’égard de l’orchestre : en s’opposant, et en cherchant à rallier.
L’orchestre, lyre amplifiée, s’abîme dans la dispersion, mais en est empêché par le piano, corde ‘faite par Ea’, qui lui communique des élans renouvelés et maintient la volonté de permanence. La forme générale de l’oeuvre procède par défragmentation, à l’image d’une civilisation qui subjugua l’Orient et dont il ne reste que quelques éclats de splendeurs découverts au gré des fouilles, sur une terre toujours agitée.

L’oeuvre est dédiée à la mémoire de mon père.

Michel Petrossian

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